Histoire de la basse électrique : de 1951 à aujourd'hui
La basse électrique naît en 1951 avec la Fender Precision Bass. 75 ans d'évolution, de Jamerson à Wooten, qui ont transformé la musique moderne.

La basse électrique naît en 1951 quand Leo Fender lance la Precision Bass, premier modèle à frettes produit en série. En 75 ans, l’instrument a traversé le rock, le funk, le jazz et le metal, porté par des musiciens comme James Jamerson, Jaco Pastorius et Flea. Son évolution a redéfini le rôle du bassiste dans la musique moderne.
Avant 1951 : le règne de la contrebasse
Pendant plus de trois siècles, la contrebasse a assuré les fondations graves de la musique occidentale. Dans les orchestres classiques, les big bands de jazz et les premiers groupes de rhythm and blues, cet instrument acoustique de 1,80 m dictait le tempo et la tonalité.
Le problème ? La contrebasse posait des contraintes majeures aux musiciens de terrain. Son volume naturel disparaissait face à des guitares électriques amplifiées. Son poids de 10 à 15 kg et son encombrement rendaient les tournées pénibles. Et ses cordes sans frettes exigeaient des années de pratique pour jouer juste.
Dès les années 1930, des luthiers comme Paul Tutmarc à Seattle ont tenté de créer des basses électriques compactes. Son modèle Audiovox 736 (1936) est considéré comme le premier prototype, mais la production n’a jamais dépassé les 100 unités. Le marché n’était pas prêt — pas encore.
1951 : la Precision Bass change la donne
Leo Fender, réparateur de radios devenu luthier en Californie, dévoile la Precision Bass en 1951. Le nom vient des frettes soudées sur le manche : contrairement à la contrebasse, chaque note tombe sur une position précise. Un bassiste débutant pouvait jouer juste dès le premier jour.
Les caractéristiques du modèle original
| Spécification | Détail |
|---|---|
| Diapason | 34 pouces (86,4 cm) — devenu le standard |
| Corps | Frêne massif |
| Micro | Simple bobinage (single-coil) |
| Cordes | 4 cordes, accordage EADG |
| Poids | Environ 3,8 kg |
| Prix de lancement | 195,50 dollars (équivalent ~2 200 dollars en 2026) |
La Precision Bass séduisait par sa simplicité. Plus légère qu’une contrebasse, transportable dans un étui standard, amplifiable avec le même matériel qu’une guitare électrique. Les musiciens de country et de western swing l’adoptent en premiers, suivis par les bassistes de blues et de rock naissant.
1960 : la Jazz Bass élargit le spectre
En 1960, Fender lance la Jazz Bass, un modèle plus fin avec deux micros au lieu d’un. Cette configuration offrait un son plus brillant et plus polyvalent. Le manche, légèrement plus étroit au sillet (38 mm contre 42 mm sur la Precision), attirait les joueurs aux mains plus petites et ceux qui recherchaient plus de vélocité.
La rivalité Precision vs Jazz Bass structure encore le marché de la basse en 2026. Selon les estimations du secteur, ces deux modèles et leurs dérivés représentent plus de 40 % des ventes mondiales de basses électriques.
Les années 1960-1970 : l’âge d’or
Motown et la révolution mélodique
James Jamerson, bassiste de studio chez Motown à Detroit, a joué sur plus de 30 singles classés numéro un au Billboard entre 1961 et 1972. Sa Precision Bass de 1962, surnommée “The Funk Machine”, apparaît sur des tubes de Marvin Gaye, Stevie Wonder, The Temptations et Diana Ross. Jamerson ne jouait qu’avec son index droit — une technique héritée de la contrebasse qui produisait un son unique et reconnaissable entre mille. Retrouve son portrait parmi les bassistes qui ont marqué le rock.
La British Invasion
De l’autre côté de l’Atlantique, Paul McCartney (Beatles), John Entwistle (The Who) et Jack Bruce (Cream) transforment la basse en instrument soliste. McCartney compose des lignes mélodiques qui fonctionnent comme des contre-chants. Entwistle pousse la puissance jusqu’à utiliser des enceintes Marshall 8x12. Bruce fusionne blues et psychédélisme avec une agressivité nouvelle.
L’invention du slap
En 1968, Larry Graham, bassiste de Sly and the Family Stone, développe la technique du slap : un coup de pouce percussif sur les cordes graves combiné à un tiré des cordes aiguës. Cette approche redéfinit le rôle de la basse dans le funk et influence des générations de bassistes, de Louis Johnson à Marcus Miller.
Les années 1980 : technologie et virtuosité
La basse active
L’introduction de préamplis embarqués dans les basses transforme les possibilités sonores. Des constructeurs comme Music Man (StingRay, 1976), Alembic et Ken Smith proposent des instruments avec égalisation active — un boost de graves, médiums et aigus directement sur l’instrument. Le son devient plus défini, plus puissant, plus adapté aux grosses scènes.
Jaco Pastorius et la basse fretless
Jaco Pastorius pousse la basse fretless dans une direction que personne n’avait imaginée. Son album solo de 1976 et son travail avec Weather Report entre 1976 et 1982 démontrent que la basse peut être un instrument soliste à part entière. Ses harmoniques, ses accords et sa maîtrise du fretless fixent un nouveau standard technique qui tient toujours.
L’arrivée des 5 et 6 cordes
En 1975, le luthier Carl Thompson construit la première basse 6 cordes pour Anthony Jackson. La corde grave supplémentaire (Si) descend une quarte sous le Mi standard. Cette extension répond aux besoins des bassistes de studio et de jazz-fusion qui cherchent un registre plus large sans changer d’instrument. Aujourd’hui, la basse 5 cordes représente environ 30 % du marché.
Les années 1990-2000 : diversification des genres
Le grunge, le nu metal, le hip-hop et l’électro redéfinissent le rôle de la basse. Flea (Red Hot Chili Peppers) mélange slap, punk et funk devant des stades de 80 000 personnes. Les Daft Punk et Jamiroquai placent des lignes de basse au centre de la musique dance. Le metal extrême pousse le jeu au médiator vers des vitesses supérieures à 200 BPM.
Côté matériel, les pédales d’effets dédiées à la basse se multiplient. Avant les années 1990, les bassistes recyclaient les pédales de guitare. Des marques comme Darkglass (fondée en 2009 en Finlande) et Aguilar développent des circuits spécifiquement optimisés pour les fréquences graves.
Les basses qui ont marqué l’histoire
Au-delà des musiciens, certains instruments ont défini des époques entières. Cinq modèles se distinguent par leur impact sur le son et la pratique de la basse.
| Modèle | Année | Particularité | Bassistes associés |
|---|---|---|---|
| Fender Precision Bass | 1951 | Première basse à frettes | James Jamerson, Steve Harris |
| Fender Jazz Bass | 1960 | Deux micros, manche fin | Jaco Pastorius, Marcus Miller |
| Rickenbacker 4001 | 1961 | Son claquant, sustain long | Chris Squire, Geddy Lee, Lemmy |
| Music Man StingRay | 1976 | Premier humbucker actif | Flea, Louis Johnson |
| Warwick Thumb | 1985 | Corps en bubinga, son growl | Jack Bruce, Robert Trujillo |
La Fender Precision et la Jazz Bass dominent toujours le marché en 2026. Leurs silhouettes sont devenues des icônes culturelles au même titre que la Stratocaster ou la Les Paul.
La basse en 2026 : état des lieux
Marché et tendances
Le marché mondial des guitares basses représentait 1,2 milliard de dollars en 2024 selon Grand View Research. La croissance annuelle est estimée à 3,5 % jusqu’en 2030, portée par les ventes en ligne et l’accès aux cours via YouTube et les plateformes éducatives. Pour mieux comprendre cette histoire en images, plusieurs documentaires musicaux retracent les parcours de Jaco Pastorius, des Funk Brothers de Motown et des pionniers du punk.
Les évolutions récentes
| Innovation | Impact |
|---|---|
| Basses headless (Strandberg, Kiesel) | Poids réduit à 2,5 kg, ergonomie repensée |
| Multi-scale / fanned frets | Tension uniforme sur chaque corde, intonation améliorée |
| Modélisation numérique (Line 6, Neural DSP) | Un seul instrument simule des dizaines de sons classiques |
| Matériaux composites (carbone, graphite) | Stabilité du manche, résistance aux variations climatiques |
| Basses MIDI et synthé | Pilotage de synthétiseurs depuis la basse |
Bassistes à suivre
Des musiciens comme Thundercat, Mohini Dey, MonoNeon et Daric Bennett repoussent les limites du possible. Thundercat fusionne jazz, funk et R&B expérimental. Mohini Dey, bassiste indienne repérée à 15 ans, collabore avec A.R. Rahman et accumule plus de 2 millions d’abonnés sur Instagram. La basse électrique n’a jamais été aussi visible et diversifiée.
75 ans en accéléré
| Décennie | Événement clé | Bassiste emblématique |
|---|---|---|
| 1950 | Precision Bass (Fender) | Monk Montgomery |
| 1960 | Jazz Bass + Motown | James Jamerson |
| 1970 | Slap funk + rock progressif | Larry Graham, Chris Squire |
| 1980 | Basse active + fretless | Jaco Pastorius, Marcus Miller |
| 1990 | 5/6 cordes + grunge | Flea, Robert Trujillo |
| 2000 | Effets numériques + indie | Justin Chancellor, Joe Dart |
| 2010-2026 | Headless, multi-scale, réseaux sociaux | Thundercat, Mohini Dey |
Pour commencer ton propre parcours, consulte notre guide pour débuter la basse électrique. Et si tu veux comprendre les fondements théoriques de l’instrument, plonge dans les gammes que tout bassiste doit travailler.