10 bassistes qui ont changé le son du rock
De James Jamerson à Thundercat, portraits de 10 bassistes dont les techniques et les lignes de basse ont redéfini la musique populaire.

James Jamerson a inventé la basse mélodique chez Motown. Jaco Pastorius a élevé l’instrument au rang de soliste. Flea a démocratisé le slap dans le rock alternatif. Ces dix bassistes n’ont pas seulement marqué leur époque — ils ont défini les techniques, les sons et les approches que les bassistes du monde entier utilisent encore en 2026.
Les critères de cette sélection
Dix places, des centaines de candidats. Le choix repose sur trois critères objectifs : l’innovation technique (apport d’une technique ou d’un son nouveau), l’influence mesurable (nombre de bassistes qui citent le musicien comme inspiration) et l’héritage discographique (albums qui restent des références des décennies plus tard).
Vue d’ensemble
| # | Bassiste | Années actives | Technique signature | Groupe principal |
|---|---|---|---|---|
| 1 | James Jamerson | 1959-1983 | Fingerstyle un doigt | Funk Brothers (Motown) |
| 2 | Paul McCartney | 1960-présent | Contre-chant mélodique | The Beatles |
| 3 | John Entwistle | 1964-2002 | Jeu agressif, lead bass | The Who |
| 4 | Larry Graham | 1966-présent | Slap (inventeur) | Sly and the Family Stone |
| 5 | Jaco Pastorius | 1974-1987 | Fretless, harmoniques | Weather Report |
| 6 | Cliff Burton | 1982-1986 | Distorsion, wah-wah | Metallica |
| 7 | Geddy Lee | 1968-2023 | Multi-instrumentiste | Rush |
| 8 | Flea | 1983-présent | Slap punk-funk | Red Hot Chili Peppers |
| 9 | Victor Wooten | 1988-présent | Double thumb, tapping | Béla Fleck and the Flecktones |
| 10 | Tina Weymouth | 1975-présent | Minimalisme groovy | Talking Heads |
1. James Jamerson (1936-1983)
James Jamerson est le bassiste le plus influent du XXe siècle. Sa Precision Bass de 1962, surnommée “The Funk Machine”, apparaît sur plus de 30 singles classés numéro un au Billboard Hot 100 entre 1961 et 1972 — davantage que les Beatles, Elvis et les Rolling Stones réunis sur la même période.
Ce qui le distingue
Jamerson jouait exclusivement avec son index droit (qu’il appelait “The Hook”), une technique héritée de ses années de contrebassiste. Ce doigt unique produisait un son d’une constance et d’une musicalité que les bassistes à deux doigts peinent souvent à reproduire.
Ses lignes de basse n’accompagnaient pas les morceaux — elles racontaient une histoire parallèle. Sur “What’s Going On” (Marvin Gaye, 1971), la basse chante autant que la voix. Sur “I Was Made to Love Her” (Stevie Wonder, 1967), la ligne de basse est si complexe qu’elle ferait un morceau à elle seule.
Écouter
- “Bernadette” (The Four Tops) — la ligne de basse la plus copiée de Motown
- “What’s Going On” (Marvin Gaye) — le sommet de son art mélodique
- “For Once in My Life” (Stevie Wonder) — virtuosité et groove dans un format pop
2. Paul McCartney
McCartney a transformé la basse d’instrument d’accompagnement en voix mélodique indépendante. Ses lignes sur les albums des Beatles après 1966 (Revolver, Sgt. Pepper’s, Abbey Road) sont étudiées dans les conservatoires du monde entier. Son Höfner 500/1 à corps creux, acheté 30 livres sterling à Hambourg en 1961, reste l’une des basses les plus reconnaissables de l’histoire de l’instrument.
Ce qui le distingue
McCartney compose ses lignes de basse comme des contre-mélodies. Sur “Something” (1969), la basse suit son propre chemin mélodique sous la guitare de Harrison. Sur “Come Together” (1969), le riff de basse EST le morceau — tout le reste gravite autour.
Écouter
- “Dear Prudence” — ligne descendante hypnotique sur 4 mesures
- “Rain” — la basse psychédélique, virtuose et groovy
- “Come Together” — le riff de basse le plus reconnaissable du rock
3. John Entwistle (1944-2002)
Surnommé “The Ox” et “Thunderfingers”, le bassiste des Who est le premier à avoir traité la basse comme un instrument lead. Pendant que Pete Townshend fracassait des guitares, Entwistle construisait un mur sonore de basse qui faisait trembler les salles de concert.
Ce qui le distingue
Entwistle est l’un des premiers bassistes à utiliser des cordes roundwound (rondes) au lieu de flatwound (plates). Ce changement, apparemment anodin, a radicalement modifié le son de la basse : plus d’aigus, plus d’attaque, plus de mordant. Il utilisait aussi un bi-ampli (un ampli pour les graves, un pour les aigus) avant que la pratique ne se généralise. Ses techniques de jeu mêlaient fingerstyle agressif, accords et tapping avant l’heure.
Écouter
- “My Generation” — le solo de basse qui a inspiré des milliers de bassistes
- “The Real Me” (Quadrophenia) — 3 minutes de virtuosité débridée
- “Boris the Spider” — la basse porte entièrement le morceau
4. Larry Graham
Larry Graham a inventé le slap à la fin des années 1960. La légende raconte que, jouant dans le trio de sa mère à Oakland, il cherchait à compenser l’absence de batteur en frappant les cordes graves avec son pouce pour imiter la grosse caisse, et en tirant les cordes aiguës pour imiter la caisse claire.
Ce qui le distingue
Avant Graham, personne ne frappait les cordes d’une basse avec le pouce. Cette approche percussive a créé un son entièrement nouveau qui a défini le funk des années 1970 et continue d’influencer la musique populaire en 2026.
Écouter
- “Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin)” (Sly and the Family Stone) — le premier enregistrement de slap à la basse (1969)
- “Hair” (Larry Graham and Graham Central Station) — le slap dans sa forme la plus pure
- “Pow” — groove minimaliste, impact maximal
5. Jaco Pastorius (1951-1987)
Jaco a retiré les frettes de sa Fender Jazz Bass de 1962 (avec un couteau à mastic, selon la légende) et a révolutionné la basse. Son jeu fretless, ses harmoniques cristallines et ses accords en position ouverte ont élevé la basse au rang d’instrument soliste. Son album éponyme de 1976 est régulièrement classé parmi les 5 meilleurs albums de basse de tous les temps.
Ce qui le distingue
La précision de son intonation sur une basse fretless (sans repères physiques) reste inégalée. Ses harmoniques sur “Portrait of Tracy” exploitent des nœuds de vibration que la plupart des bassistes ne soupçonnent même pas. Son son — un mélange de chorus, de fretless et de cordes roundwound — est instantanément identifiable.
Écouter
- “Portrait of Tracy” (album Jaco Pastorius, 1976) — composé uniquement en harmoniques
- “Teen Town” (Weather Report, Heavy Weather, 1977) — vélocité et précision
- “The Chicken” — le standard de jam session par excellence
Le documentaire “Jaco” (2015) retrace sa vie et son influence avec des témoignages de Flea, Sting et Herbie Hancock.
6. Cliff Burton (1962-1986)
Le premier bassiste de Metallica a intégré la distorsion lourde, la pédale wah et les solos de basse dans le heavy metal. Avant Burton, la basse metal suivait la guitare à l’unisson. Après Burton, la basse metal est devenue un instrument indépendant avec son propre discours.
Ce qui le distingue
Burton jouait avec une technique fingerstyle extrêmement agressive, des pédales d’effets habituellement réservées aux guitaristes (wah-wah, Big Muff) et une connaissance de la théorie musicale rare dans le metal de l’époque.
Écouter
- “Anesthesia (Pulling Teeth)” (Kill ‘Em All, 1983) — le solo de basse qui a redéfini le metal
- “For Whom the Bell Tolls” (Ride the Lightning, 1984) — intro de basse distordue avec wah
- “Orion” (Master of Puppets, 1986) — son magnum opus, 8 minutes de basse progressive
7. Geddy Lee
Le bassiste de Rush jongle entre basse, chant et claviers sur scène — souvent simultanément. Ses lignes de basse complexes, jouées sur des signatures rythmiques de 7/8, 5/4 et 11/8, ont influencé toute la scène progressive.
Ce qui le distingue
Geddy Lee joue une Fender Jazz Bass avec un son médium-aigu très défini, reconnaissable en une seconde. Sa capacité à chanter des mélodies vocales tout en jouant des lignes de basse syncopées et techniquement exigeantes reste un tour de force que très peu de musiciens arrivent à reproduire.
Écouter
- “YYZ” (Moving Pictures, 1981) — unisson basse-guitare en 5/4, virtuosité progressive
- “Tom Sawyer” (Moving Pictures, 1981) — le morceau prog-rock le plus connu au monde
- “La Villa Strangiato” — 9 minutes instrumentales, la basse guide chaque section
8. Flea
Le bassiste des Red Hot Chili Peppers a démocratisé le slap dans le rock alternatif et rendu la basse “cool” auprès d’une génération entière de musiciens. Son énergie scénique — il joue souvent torse nu, en sautant, en faisant le poirier — a redéfini ce que signifie être bassiste sur scène.
Ce qui le distingue
Flea mélange le slap funk de Larry Graham avec l’énergie du punk de Black Flag et la mélodie du jazz qu’il a étudié à la Silverlake Conservatory of Music (qu’il a cofondée en 2001). Cette fusion, unique en son genre, a donné aux Red Hot Chili Peppers leur son caractéristique.
Écouter
- “Higher Ground” (reprise de Stevie Wonder, 1989) — le slap rock dans sa forme la plus pure
- “Around the World” (Californication, 1999) — ligne de basse vertigineuse
- “Can’t Stop” (By the Way, 2002) — le groove funk-rock distillé en 4 minutes
9. Victor Wooten
Considéré comme l’un des bassistes les plus techniques de l’histoire, Victor Wooten a repoussé les limites du slap, du tapping et des harmoniques. Sa technique de double thumb (le pouce frappe la corde vers le bas ET vers le haut, comme un médiator) a ouvert un champ de vélocité que personne n’avait exploré.
Ce qui le distingue
Wooten est aussi un pédagogue reconnu. Son livre “The Music Lesson” (2006) et ses camps de basse annuels (Victor Wooten Bass Camp) ont formé des milliers de bassistes. Sa philosophie : la technique sert la musique, pas l’inverse. Une leçon que chaque bassiste devrait intégrer dès ses premiers pas avec l’instrument.
Écouter
- “Amazing Grace” — version solo à la basse, double thumb et harmoniques
- “Classical Thump” — la démonstration technique à l’état pur
- “A Show of Hands” — reprise du thème de Victor à 13 ans (vidéo YouTube à 50M+ vues)
10. Tina Weymouth
La bassiste des Talking Heads et de Tom Tom Club a prouvé que la basse, c’est le groove avant la virtuosité. Ses lignes minimalistes — souvent 4 à 6 notes par mesure — créent des boucles hypnotiques qui définissent le son new wave et post-punk.
Ce qui la distingue
Weymouth a commencé la basse à 24 ans, sans formation musicale préalable. Son approche instinctive, non contaminée par des années de gammes et de théorie, a produit des lignes que des bassistes techniques n’auraient jamais composées. “Psycho Killer” repose sur un riff de 5 notes — impossible de faire plus simple, impossible de faire plus efficace.
Écouter
- “Psycho Killer” (Talking Heads, 1977) — minimalisme et tension
- “Genius of Love” (Tom Tom Club, 1981) — samplé par des centaines d’artistes hip-hop
- “Once in a Lifetime” (Talking Heads, 1980) — groove répétitif et hypnotique
Ce que ces 10 bassistes enseignent
Trois leçons émergent de ces portraits :
La technique sert le morceau : Jamerson avec un seul doigt et Weymouth avec 5 notes prouvent que la virtuosité n’est pas un prérequis du génie musical. Travaille d’abord les gammes fondamentales, le reste suivra.
Le son se construit : chaque bassiste de cette liste a développé un son personnel identifiable en une seconde. Burton avec sa distorsion, Jaco avec son fretless, Entwistle avec ses cordes roundwound. L’instrument et les effets font partie de l’identité musicale.
L’innovation vient de la contrainte : Graham invente le slap pour compenser un batteur absent. Weymouth crée un style parce qu’elle n’a pas appris les règles. Les limites forcent la créativité plus sûrement que la maîtrise totale.
